Un arrêt cardiaque et toute la complexité du jour, des lendemains, des acquis, tout n'est plus. Je le voyais tous les jours, discret, un sourire, une voix grave, un long corps élégant, un visage émacié et gentil. On échangeait quelques mots, en fumant, sur le perron, il avait des projets, une nouvelle maison, un voyage, la crainte d'un licenciement, la peinture? Un livre ou un film qu'il allait acheter? Peut-être un barbecue ce week-end? Peut-être qu'il n'aspirait qu'à des choses simples, peut-être qu'il se contentait de se lever et de venir travailler 5 jours par semaine en attendant le jour où il aurait plus de temps pour lui? Je ne lui ai pas assez parlé, parce-que je ne parle pas beaucoup, parce-que après 5ans, 10 ans, 15 ans à se cotoyer au quotidien, ça s'inscrit quelque part dans la case "absurde" ou pire dans la "normale" qu'on ne va pas se metter à sympathiser, que le temps écoulé a scellé un type de rapport. Même si on s'appréciait, juste comme ça, avec son clin d'oeil et son "Bonjour" grave et sonore. Avec mon clin d'oeil et mon sourire. Clin d'oeil que je ne fais, spontanément, que pour les gens que je ressens non-agressifs, que je sens inoffensifs. Mais on en a pas parlé, je ne sais pas si le sien valait la même estime? Juste quelques mots, entre deux, trois, quatre minutes de clope sur un perron, entre 2 volées d'escalier, à travers les saisons et les luminosités. Je suis fâché de ne pas lui avoir plus parlé... il était à peine plus âgé que moi. Il s'appelait Serge, |